Contenu spécial

En coulisses avec...

Patricia McNeil - Créatrice de costumes

La confection de vêtements fait partie de la famille McNeil depuis plusieurs générations. Tout a commencé pour moi quand je cousais pour habiller mes Barbies alors que j'étais petite. Mes parents sont des cinéphiles et m'ont fait découvrir le septième art très tôt; à 12 ans, j’allais voir des double bills à tous les samedis avec une amie, mais jamais je n’ai pensé que j’allais éventuellement m'aventurer dans la conception de costumes…

Après avoir étudié en design d’intérieur et en architecture, j'ai travaillé dans une galerie d’art. En 2000, j'ai fait la connaissance de Karim Hussain, qui se préparait à tourner la suite de son film d'horreur expérimental Subconscious Cruelty. Il m’a demandé si je voulais en assurer la direction artistique. C’est ainsi que ma carrière a commencé! J’ai accepté sans réellement savoir ce que je faisais mais ce premier pas, aussi petit semblait-il, a été très grand.

Un peu plus tard, mon frère m’a présenté un gars de pub qui avait besoin d’une styliste. J’ai eu le contrat et c’est ainsi que j’ai commencé à travailler en pub télé. Grâce à cet emploi, j’ai fait la connaissance du réalisateur Alexandre Franchi, qui m’a ensuite offert de créer les costumes de son film The Wild Hunt. Ma carrière s’est donc bâtie au gré de mes rencontres, littéralement de fil en aiguille, grâce au bouche-à-oreille.Le fait de jamais avoir techniquement étudié dans mon domaine, même si j'y suis bien ancrée, a toutefois généré chez moi un syndrome de l’imposteur. Le jour où j’ai voulu ajouter « artiste » dans ma bio sur Instagram, j’ai hésité longtemps avant d’appuyer sur confirmer. Et malgré mes vingt ans de carrière, j'ai encore des doutes sur moi-même. C'est un peu fou, car j'ai travaillé sur des projets incroyables avec des gens tellement brillants, mais je suppose que ça arrive à tout le monde.

Crédit photo @ François Couture

Être conceptrice de costumes pour moi est plus un état d’esprit qu'un métier. Il faut toujours garder les yeux ouverts, peu importe où je me trouve. Ça roule toujours dans ma tête, je suis constamment en train de créer un mood board et mon cellulaire déborde de photos complètement aléatoires... mais qui crée chacune un certain impact. De la même façon, je trouve important de voir tous les genres de films, allant des grosses productions américaines aux œuvres de Tarkovsky ou Roy Andersson, question d’ouvrir ses horizons…

Ma méthode de travail consiste à toujours effectuer une première lecture en diagonale du scénario en tant que « madame costumes », pour prendre des notes et évaluer la nature de mon rôle. Ensuite, je lis le scénario du début à la fin, pour saisir le film dans son ensemble. La phase suivante dépend du réalisateur avec qui je travaille mais habituellement, je produis un mood board et je le soumets à la réalisation. Dans certains cas comme celui de Maxime Giroux, avec qui j’entretiens une relation quasi télépathique tellement on a les mêmes goûts et intérêts, je peux sauter cette étape. Après avoir discuté avec le ou la réal, je vais ensuite tester mes idées de costumes sur les acteurs. C’est important d’être à leur écoute, car s’ils ne se sentent pas bien dans tes créations, cela peut paraître à l’écran. Créer un costume, c’est donc absolument un travail créatif d’équipe!

Il y a de nombreux détails que le spectateur ne verra pas consciemment à l’écran, mais qui sont néanmoins essentiels à mes yeux. Par exemple, je privilégie les vêtements qui ne sont pas neufs, qui ont déjà une histoire, qui ont une texture; j’aime que mes costumes aient l’air vivants et vrais. Salir un ongle ou placer un collet un peu croche, ça ajoute des subtiles dimensions à la personnalité des personnages.

Je suis bien dans le cinéma indépendant québécois, les thématiques de nos films sont tellement passionnantes! Hollywood, pas tellement (à part si David Fincher m’appelle, mettons…). J’adore travailler ici, même si les budgets sont restreints.

Dans les années à venir, j’aimerais surtout toucher au film d’art; m’associer avec des artistes et traduire les visions qui brassent dans leur imagination. Des projets intéressants sont en discussions, dont un film pour enfants avec des marionnettes. Possédant un instinct créatif en évolution constante, je me vois bien là-dedans…

Patricia McNeil est créatrice de costumes et créatrice de production canadienne. Elle est trois fois lauréate d’un prix Écrans canadiens pour la meilleure conception de costumes, pour les films Nelly, La Grande Noirceur et The Twentieth Century.