Contenu spécial

En coulisses avec...

Lucie Veillet, productrice

Au début de ma vie professionnelle, rien ne laissait présager que je deviendrais productrice. Après être passée par l’Institut du tourisme et de l’hôtellerie du Québec, je me suis mise à travailler à l’Hôtel Le Reine Élizabeth, puis aux ventes et au marketing chez Télémédia, poste que j’ai occupé pendant douze ans. Un jour, il y a eu une fusion entre Radiomutuel et Télémédia et ce changement dans l’entreprise m’a donné envie de relever de nouveaux défis. J’avais 34 ans à cette époque. Mon frère aîné Claude, qui est mon associé aujourd’hui, avait déjà fondé Téléfiction; alors que je discutais avec lui de mon avenir professionnel, il m’a lancé : « J’ai besoin de quelqu’un en communication et en relations de presse, ainsi que pour développer de nouveaux partenariats; ça tente-tu de venir travailler avec moi? ». J’ai dit oui!

Chez Téléfiction, j’ai commencé par développer tout ce qui était produits dérivés, commandites, placement de produits, etc., ce qui était en plein dans mon champ d’expertise. Or, après quelques années, Carmen Bourassa, la « mère » de Passe-Partout et celle que je considère comme étant la plus grande productrice d’émissions jeunesse au Québec, m’a dit : « Toi, tu es une productrice dans l’âme! » Elle est ensuite allée voir Claude et elle lui a demandé s’il était d’accord pour qu’elle me prenne sous son aile; Claude a accepté et voilà, c’est ainsi que je me suis retrouvée à produire des émissions jeunesse : en apprenant avec la meilleure!

Je me suis vite sentie à ma place. D’abord, j’adorais participer aux concepts avec les créateurs, être leur compagnon de route. Encore à ce jour, je suis épatée et émue par leur créativité. Ensuite, les émissions jeunesse, ça m’habite depuis toujours; je peux encore chanter toutes les chansons de La Ribouldingue! Je sais quel pouvoir une série jeunesse peut avoir sur les enfants : on sème plein de petites choses dans leur tête, comme l’estime de soi, la créativité, l’ouverture à l’autre, l’amour de la musique, etc. C’est précieux, tout ça.

Crédit photo @ François Couture

Évidemment, parfois, je suis fatiguée d’être toujours en train de ramer. Par exemple, on a moins d’argent pour faire le même travail qu’avant, ce qui apporte son lot de petites et de grosses frustrations. Cela dit, je ne suis pas tannée, car raconter des histoires, c’est vraiment le fun. Il n’y a rien de plus grisant que de créer un concept, de le voir acheté par un diffuseur, puis de monter une équipe pour le produire. Voir tous ces gens travailler ensemble dans la même direction, pour bonifier l’œuvre, c’est absolument génial. Même quand tu te pètes la gueule, ça reste une occasion d’apprendre. Le moment qui m’émeut le plus, c’est lors de l’écoute du premier montage : quel plaisir de voir le travail de tous et toutes à l’écran : la réalisation, la direction artistique, les costumes, le casting, le jeu, l’écriture, etc. C’est aussi à ce moment que j’évalue ce qu’il y a à améliorer, car c’est moi qui suis en position de discuter de tout ça. Méchant beau trip! Ce qui me fascine à chaque fois, c’est de voir comment un créateur ou une créatrice s’approprie son bout de l’œuvre; comment, par exemple, un effet d’éclairage peut complètement changer une scène. Voilà le genre de chose qui me donne des ailes, me donne envie de continuer.

L’Alliance Média Jeunesse m’a récemment octroyé un prix pour ma carrière... Je suis loin de l’avoir finie, pourtant! Et le jour où ça arrivera, je vais continuer à accompagner des jeunes, à jaser avec eux, pour ouvrir leur esprit, développer leur curiosité, bref, être un mentor pour transmettre le savoir que j’ai accumulé au cours des années. Plus jeune, j’ai eu la chance d’avoir Carmen et Claude, qui m’ont prise sous leur aile; aujourd’hui, c’est à mon tour de redonner, et je fais désormais la même chose avec ma gang.  

Lucie Veillet travaille activement au développement et à la conception de séries télé et films pour la jeunesse depuis 25 ans. Partenaire associée et complice de Claude Veillet, Lucie est productrice de tous les projets de la maison Téléfiction, tant en télé qu’au cinéma. Au fil des ans, elle est devenue une véritable spécialiste de contenus destinés aux jeunes publics. À son imposante feuille de route figurent les productions Ayoye!La Grande Expédition, CornemuseDominique raconte…Toc, Toc, Toc1, 2, 3 Géant, Salmigondis et les capsules de Monsieur Craquepoutte, Marika, Les Mutants.